30.03.2009

Du malaise universitaire...

Université Rennes II (Villjean).JPGLe lieu ou je travaille est à deux pas de l’université rennes 2. Cette Faculté est célèbre pour son rôle précurseur dans de nombreux mouvements étudiants : LMD, CPE, LRU, aujourd’hui statut des enseignants chercheurs… En 7ans passés à Rennes, j’ai pu assister à 4 blocages majeurs.

Plus qu’un rejet de telle ou telle politique, cette forme de contestation est révélatrice d’un malaise profond. Malaise qui n’est en rien comparable à ce qui a pu se passer en mai 68.
Les 30 piteuses ont succédé aux 30 glorieuses, et le chômage de masse a fait son apparition. Une des solutions pour enrayer ce problème fut de rallonger la durée moyenne des études. Le mot solution n’est certainement pas approprié, réduire le nombre d’actifs en retardant leur entrée sur le marché du travail ne résorbe le chômage que de manière statistique. Ce chemin détourné n’augmente pas le nombre d’actifs.

 

L’université est la voie la moins chère pour les foyers modestes, qui n’ont pas les moyens de s’offrir des écoles supérieures et des classes préparatoires. Encore une fois, c’est la panne de l’ascenseur social qui est à l’origine de troubles sociaux.

Alors que l’entreprise a largement pris sa place dans les voies professionnalisantes (écoles, BTS, IUT, alternance…), une partie de l’université s’est retrouvée pour des raisons politiques en marge de cette mutation. Il faut noter de grandes différences entre les filières… Les sciences dures, le droit, l’enseignement médical souffrent beaucoup moins de cette panne de l’ascenseur social. Mais dans biens des cas, le conservatisme a eu raison du progressisme et du pragmatisme.

Le statut de fonctionnaire en temps de crise est devenu une valeur refuge pour tous ceux qui craignaient les ravages du chômage. La sécurité est le 2ème étage de la pyramide des besoins de Maslow. Un emploi assuré pour la vie est évidemment une grande sécurité. Il suffit de faire quelques mètres en centre ville pour côtoyer des gens qui vivent dans la rue. Sans parler des millions d’anonymes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté.
L’Etat a besoin d’enseignants. Mais les voies qui semblent être largement privilégiées par les étudiants d’université issus de filières de sciences humaines et sociales, sont l’enseignement et la recherche ; pour le compte de l’état. Mais il y a bien plus d’étudiants que de besoin d’enseignants et de chercheurs. La sélection est donc de plus en plus difficile. Là où il fallait un bac il y a 30ans, on demande aujourd’hui un bac+5…

Par effet boule de neige, c’est toute la fonction publique qui est envahie par ces jeunes surdiplômés. A certains postes autrefois réservés à des ménagères de plus de 30 ans, on trouve aujourd’hui des jeunes qui ont fait 4,5,6 années d’études, voir plus…

 

L’ascenseur social est en panne. C’est la cause du malaise universitaire. Il faut faire 5 années supplémentaires d’études pour arriver au même niveau de vie que ses parents. Et encore une fois, ce sont les foyers modestes et moyens qui n’ont pas forcément les moyens de payer à leurs enfants des études qui ont un coût conséquent. Et qui offrent aujourd’hui des bagages valorisant sur le marché du travail.

Ce qui peut nous amener à nous poser ces questions : Qu’offre-t-on comme perspective d’avenir à ces futurs actifs qui rentrent à l’université? Quelles valeurs ont ces diplômes sur le marché du travail ?

Il faut analyser la problématique universitaire en faisant preuve de pragmatisme mais aussi d’idéalisme de justice sociale.

Il faut admettre que certaines filières ne répondent qu’à des besoins individuels de culture, de soif de savoir personnel et de connaissances. Sur le marché du travail, elles ne se monnaieront certainement pas au même niveau que d’autres filières plus professionnalisantes. Il faut jouer cartes sur table, et expliquer dès le lycée à quoi s’engager en empruntant de tels parcours.

Arriver 5 ans plus tard sur le marché du travail n’est pas sans conséquence sur l’ensemble de la société. Ces 5 années sont en grande partie supportées par la collectivité. C’est un coût supplémentaire pour l’Etat. Cela a aussi des conséquences énormes sur l’individu. Arriver 5ans plus tard sur le marché du travail, c’est 5 années de revenus en moins. Quand un couple attend d’avoir une situation sécurisée pour faire des enfants, cela repousse aussi de 5ans les projets de ce type. Ce qui freine le renouvellement des générations, et accroit le vieillissement de la population. Ca veut dire aussi, sortir 5 années plus tard du marché du travail… Il faut arrêter de mentir à ceux qui désirent entrer dans ces filières.

Mais d’un autre côté, être productif et se reproduire n’est pas forcément une fin en soi pour un individu. Il est complètement impensable de bloquer l’accès à la culture et au savoir. La connaissance est universelle, et chacun a le droit d’y avoir accès. Mettre des freins à l’entrée à l’université (sélection par dossiers, par concours ou par hausse des frais d’inscription) revient à couper le peuple du savoir, à isoler encore plus les classes sociales les unes des autres, et à instaurer une certaine forme d’élitisme à l’accès à la connaissance.

C’est pour cela qu’on ne pourra remédier à ce malaise que par deux axes principaux qui devraient redéfinir le rôle de l’université dans notre société:

Est-ce qu’on attend d’une université qu’elle prépare les gens au monde du travail ?
Aujourd’hui on ne peut pas dire que l’université, dans ces filières peu professionnalisantes, prépare qui que se soit au monde du travail. C’est une certitude absolue.

Sachant que l’université a, aux yeux de beaucoup, un rôle moteur dans le fonctionnement de l’ascenseur social, qui pourrait être assez hautain pour se permettre de balayer le problème d’un revers de la main ? Est-ce qu’aujourd’hui on assumerait de dire à un étudiant : Tu vas faire 5ans d’études mais quand tu entreras sur le marché du travail, ton diplôme n’aura aucune valeur, parce que les études que nous pouvons te proposer sont juste pour ta culture personnelle. Le savoir n’a rien à faire du monde de l’entreprise.
Encore une fois, je pense à l’individu issu d’un milieu modeste pour qui l’université est le seul moyen d’aspirer à un avenir meilleur que celui de ses parents. Comment assumer alors un tel discours ?
Pour cela il faut accorder plus d’autonomie aux universités : Ce qui implique d’introduire beaucoup plus d’individus et d’entreprises de la sphère privée dans le monde universitaire. Valoriser beaucoup plus les parcours professionnalisants comme l’alternance. Favorises les échanges. Ces deux mondes ont beaucoup à s’apporter mutuellement, notamment sur la recherche.

 

Est-ce qu’aujourd’hui l’université remplie vraiment son rôle d’agrégat de connaissances accessibles à tout le monde?
Aujourd’hui on va à l’université avant d’entrer sur le marché du travail ou en en sortant. La durée légale du travail est de 35h par semaine. Je pense que ça laisse du temps aux gens qui voudraient s’instruire dans certains domaines. Si on attend d’une université qu’elle soit un agrégat de connaissances, pourquoi ne s’ouvrirait-elle pas à tout le monde ? Pourquoi l’université n’ouvrirait pas ses portes, à des heures moins conventionnelles, à des actifs, avec des parcours complètement personnalisés? Le week-end, le soir, pendant les vacances… Avec des moyens nouveaux, adaptés aux mutations du monde : vidéos-conférences, cours en ligne…

 

 

De L’autonomie des universités à la création de passerelles entre la sphère privée et la sphère public en passant par l’accès universel aux connaissances, l’Etat devra encore dans ce domaine remettre complètement en question son rôle pour assurer à chacun une chance pour demain.

 

Thibaud DENOLLE

17:00 Ecrit par Thibaud | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

22.03.2009

De l'urbanisme...

Urbanisme.jpgDe mon salon, je peux observer ces tours. Je n’avais jamais très bien compris le malaise qu’elles m’inspiraient : Leurs couleurs bleu ciel et rose me font penser à des chambres des nouveau-nés.

Inconsciemment, l’Etat traite comme des enfants des individus qu’il entasse dans ces quartiers. Des individus issus de milieux défavorisés, que la société n’a pas spécialement envie de voir prendre l’ascenseur social. Et c’est là le principal mal dont souffre aujourd’hui la société française.

Pour se donner bonne conscience, l’Etat offre un toit, et de quoi manger aux gens issus d’un milieu sociale défavorisé. Mais l’assistanat n’a jamais offert une vraie chance de réussite à quiconque. Notre modèle social n’a fait qu’entretenir les castes en place, les classes. Notre système a cloisonné les individus, et n’a contribué qu’à fermer des portes au lieu de jeter des ponts.

L’Etat providence a construit des quartiers entiers parfois même des villes, sans se rendre compte qu’il parquait des individus. Comble du cynisme, il les infantilisait avec de tels styles urbanistiques… Au lieu d’offrir à chacun l’égalité des chances, il leur sert un passeport pour l’exclusion.

En plus de ses fonctions régaliennes de sécurité et de justice, l’Etat devrait concentrer toute son intervention à créer des passerelles entre les classes sociales en donnant une chance à chaque individu de réussir. Cela passe par l’école et l’entreprise.

Par l’école se pose le problème des politiques de la villes. L’une des sources du blocage de l’ascenseur sociale est l’urbanisme qui a contribué à freiner la mixité sociale. Si au lieu de construire des quartiers entiers, les municipalités avaient rénové sporadiquement des immeubles du centre ville à la périphérie pour les allouer à ces individus, elles auraient favorisé les échanges. Les établissements scolaires auraient de facto reflété cette mixité sociale et il ne se poserait plus ces questions sur les établissements classés ZEP. On pourra y dépenser tous les millions que l’on veut, ces ZEP ne sont pas l’origine du problème, mais la conséquence de plans d’urbanisation catastrophiques. Une ville comme Londres est un exemple de mixité sociale, ou des individus assumant parfaitement leurs différences vivent côte à côte. Contrairement à ce qu’elle revendique depuis la révolution, la nation française est très conservatrice…

L’une des autres sources de ce blocage est le chômage. Quel modèle de réussite propose-t-on à ces jeunes? La star Académie et le football ?
Le fonctionnement du marché du travail en France est le catalyseur de tous les disfonctionnements de notre modèle social.

L’Etat a mis toutes les barrières possibles aux licenciements. L’employeur, est donc contraint, avant d’embaucher, de recueillir toutes les garanties imaginables pour être certain de ne pas se tromper lors de son recrutement. Que peut-il y avoir comme garanties ?

Le niveau d’études. Ce qui est évidemment, un frein énorme pour les classes sociales défavorisées qui ont beaucoup moins accès aux études supérieures que les classes aisées. Classes défavorisées qui n’ont pas vraiment eu les moyens à l’école de s’en sortir. (J’entends par « moyens », une vraie chance. Pas plus d’argent dépensé inutilement.)

 Le niveau d’expérience. Pour un jeune, l’expérience s’acquiert plus facilement quand il est « fils de untel». Evidemment, quand on traine sur un CV la réputation d’un quartier, quand les parents n’ont pas de réseau de connaissances pour appuyer leurs enfants… C’est tout de suite beaucoup plus compliqué d’acquérir de l’expérience.

Il y a une vraie discrimination à l’embauche, et elle est seulement due aux voies que nos gouvernements succesifs ont pris depuis la seconde guerre mondiale, voir depis 1789. Et cela n’a fait qu’entretenir les castes et classes sociales en place.

Un système plus flexible a des inconvénients, mais l’employeur n’a pas besoin de toutes ces garanties pour donner sa chance à un individu. Quand une entreprise embauche quelqu’un, elle lui donne une opportunité de montrer de quoi il est capable… Faciliter l’embauche passe par plus de flexibilité. Ce système a au moins le mérite de permettre à chacun de faire ces preuves sans pour autant appartenir aux castes qui ont un réseau de connaissance conséquent et les moyens d’offrir de grandes études…

De la politique de la ville en passant par le marché du travail, c’est par une remise en cause totale de son rôle que l’Etat offrira une vraie égalité des chance à chacun.

Thibaud DENOLLE

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